La Bukinê d'Anna

La Bukinê d'Anna
Commandez ici !

Moi aussi j'ai deux maisons

Moi aussi j'ai deux maisons
Commandez ici !

Les Croque mitaines du peuple

Les Croque mitaines du peuple
Commandez mon dernier roman ici !
Affichage des articles dont le libellé est LECTURES. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est LECTURES. Afficher tous les articles

vendredi 17 avril 2026

"Un si long tunnel" d'Alain Cangina lu par Marie-Noëlle Fargier

 


« Un si long tunnel » d’Alain Cangina

Lu par Marie-Noëlle Fargier

 

 

Jacquette clair-obscur où deux mains se démarquent d’un noir hermétique, d’un ocre rayonnant et tendent vers un soleil lointain, pâle ; les griffes du fil de fer menacent le derme.

J’ouvre le livre, page noircie de caractères serrés, étouffants. Je lis, le cauchemar asphyxiant débute, puis le réel morbide prend le relai, nuit et jour sous le même joug de l’épouvante.

Je rencontre Martin, le docte, le sanctionné dans son lieu d’enfermement, la prison. Le captif et le pénitencier ne font qu’un - chair et esprit condamnés à la maltraitance, murs claustrophobes.

Je suis saisie par les descriptions de l’auteur.

« Une petite brise fiévreuse frôla son épiderme, accentuant l’ambiance poisseuse si souvent présente dans cette taule. » « La masse grise et bétonnée de la prison, ce cimetière de morts-vivants, se dressait comme un blockhaus sans horizon à surveiller. »

Parfois, elles m’obligent à sortir de ce bloc cimenté, faire une pause, elles ne m’apparaissent pas issues d’un imaginaire productif, elles sont le sinistre reflet d’un réel avec des conditions de vie indignes allant jusqu’au suicide…J’étais loin de savoir !

Cependant, « Un si long tunnel » amène le lecteur dans un ailleurs, celui de la pensée, de la réflexion, de l’approfondissement.

« Avec la survie carcérale, la lucidité de Martin sur le monde s’était accrue »

 Á cette lucidité, je rajouterais cette clairvoyance, cette sensibilité, ce savoir qu’il soit social, politique, scientifique et autres et qui jalonnent l’œuvre. Cette dernière n’est pas seulement une histoire captivante, elle est, à mon sens, un essai, truffé de références.  Cette analyse omniprésente devient le phare du lecteur et la lumière du « copilote », le jeune détenu Julien, ancien camé, qui partage la promiscuité de la cellule avec Martin. Une forme de tendresse s’installe entre ces deux êtres que tout oppose.

Le clair-obscur de la couverture se peint à chaque page. Il en devient une figure de style. Par exemple, il s’infiltre des sciences classiques aux sciences quantiques. Il est peut-être la clé de la préservation de la dignité du détenu. Il est la distance prise, le refuge du prisonnier, son évasion de l’univers carcéral tout en restant conscient, rationnel. « Un si long tunnel » aborde de multiples thèmes.  Dans un langage courant, Martin étanche la curiosité de Julien, image, explique, détaille. Il utilise même les contes. Serait-ce une forme d’éducation populaire dans ce milieu de pauvres ? D’une écriture académique, le narrateur aborde, creuse, développe. Le tunnel se métamorphoserait-il en « caverne de Platon » ?  

La révélation du monde carcéral, l’analyse de notre société ne sont pas le seul moteur de lecture. Il reste l’intrigue qui n’est pas moindre, que vont devenir Martin, Julien et les autres ? Ont-ils seulement un avenir ? Á travers l’histoire de Martin et des autres, Alain Cangina confie les mécanismes judiciaires et ce qui en découle pour les détenus.

L’œuvre s’achève, imprégnée par le clair-obscur des mots, des idées qui s’enchaînent et dansent vers…

Pas à pas, j’ai franchi ce si long tunnel, éprouvant de réalité, apaisant de poésie, poignant d’amour et d’une Sagesse évidente où la réponse n’a pas de place.

 « Un si long tunnel » d’Alain Cangina s’enracine dans ma mémoire, de son entrée inévitable à sa sortie aléatoire...Et dans l’après…

L’écrivain défragmente cette société par une vision globale. De quoi devenir misanthrope, ou… ?

vendredi 17 octobre 2025

"Prune" de Maricky Vialleobal

 

 





Note de lecture de "Prune" de Maricky Vialleobal

 Par Marie-Noëlle Fargier

 

Dès les premières pages, je suis emportée par le style de l’autrice. Scène cinématographique. Descriptions poétiques s’entrelaçant à un texte percutant, accrocheur.

« Prune » se structure avec des analepses qui ne rendent pas la lecture complexe. Au contraire ! Déjà, chaque chapitre est situé dans le temps avec le mois et l’année. Je pense à un journal personnel, Prune en serait-elle la rédactrice ?  Le personnage est si finement analysé et dépeint qu’il invite le lecteur dans son intimité. Les flash-back accentuent cette impression suggérant ainsi les mobiles de la personnalité de cette jeune femme, s’appuyant sur les faits, les événements qui jalonnent l’histoire captivante de cette famille et de leurs proches. Cette profonde réflexion que j’oserai qualifier de pensée analytique se retrouve à travers tous les personnages et leurs interactions. Rien n’est un hasard…

« Prune » est un roman du Voyage autant introspectif que géographique. Le mouvement est là, permanent. Il tient le lecteur en haleine. Pour moi, il est une quête et un témoignage qui tend vers la Justice. Il est également un roman accessible à tous. 

 



mardi 30 avril 2024

Chronique "Toutes les nuits sont pleines de lunes" de Brigitte Giraud

 


J'ai lu...





Journée pluvieuse de bruits métalliques. Une petite lampe éclaire des mots. Mon vieux chien dort. Des barreaux noirs, mastocs grillagent l’astre.

Je lis silencieusement.  Soudain de cette cage, les mots tambourinent si fort qu’ils m’obligent à les libérer. Alors, je les chuchote.  « C’est elle qui nous conduit quand on a guéri du jour et de ses bruits ».  

 « Elle », ce pourrait être Œdipe « La nuit nous égare sur un chemin imprévu, le silence est un simulacre. Ou une absence » ; « Elle » ce serait une Amazone fantasmagorique « On se dit que la nuit ressemble…aux nuages qui font de grandes batailles là-haut, à la chair des rêves devenus fous, à des mots étouffés…, à des couleurs violentes… ». 

La voix exorcise la chimère, elle s’accorde à la poésie. Je lis presqu’à voix haute.  « On s’installe dans un présent qui suffit à la nuit. On s’assoit sur la pierre en plume d’oie de l’éternel retour. Et les regrets sont morts. »

La poétesse m’invite, de valses en errances, à travers cette multitude de lumières « Tu laisses alors planer tes yeux dans l’air et tu attrapes des petites poussières qui volent dans un rayon de lumière. Tu penses sans raison à une expo de peinture… ». Lueurs tamisées, éclairs aveuglants ; tantôt flambeau, tantôt chandelier.

« Elle », métamorphose du phœnix. « Elle » quête perpétuelle ou oracle lunaire, peut-être une sorte de mise en ordre. « On fait le tour à l’intérieur de soi », « Tout un charivari perdu en soi ».

 

Puis, il est « quatre heures passées ».  Sous mes doigts, le livre se partage et je murmure « Toutes les nuits sont pleines de lunes ».

 

« Un grain de soleil tombe dans la mer »

Brigitte Giraud m’entraîne dans cette phase entre la nuit et l’aube ; elle décrit avec finesse et grande poésie cet état physique ou mental qui oscille entre les deux mondes.   Un déchirement s’insinue avec le « on », le « tu » mettant fin aux têtes à tête avec soi-même.  Puis Le mouvement s’accorde au son du piano. Serait-ce un corps qui, longuement, s’étire ? Avec lui, tous les sens œuvrent, comme dans une volonté de s’extraire de la torpeur nocturne. « Tu sors dans le jardin goûter l’air mouillé… ».

 

Et puis le jour est là. « La nuit s’écorche dans le bruissement des arbres…les ombres s’effondrent sur le lit, et creusent des abîmes où coucher encore des rêves flous. » L’auteur de ce texte beau, profond parvient à une symbiose des éléments, des êtres, des choses. Il n’y a pas d’échelle, de hiérarchie, de chronologie, en revanche une synchronicité certaine. Le lecteur écoute le tap tap tap de la pluie, le bruissement du vent ; essuie d’un revers main les gouttelettes qui jaillissent, caresse les plumes du rapace des images monochromes.  

Chaque mot, chaque poème, chaque page incarne le repli ou l’éclosion de l’être seul ou avec l’environnement.

 

 « Toutes les nuits sont pleines de lunes » est un hymne au temps.

 

« Un éclat d’aube nous traverse comme le temps sur nos vies. »


Marie-Noëlle Fargier


 

 


vendredi 31 décembre 2021

"Seul Mozart" de Jean-Hugues Larché




 "Seul Mozart" de Jean-Hugues Larché 

Jean-Hugues Larché a l’Art de parler de ces fruits qui nous éveillent. Ce jardin universel : l’Art.  Il sait le partager. Des orangeraies aux pépinières. De saveur en amertume. Les closeries valsent parmi chaque récolte sensuelle, émotive, intuitive, intellectuelle. On voit, on entend, on ressent les esquisses, les fresques de Jean-Hugues Larché. Son écriture est une promenade, un jardin de rencontres avec les œuvres. Il ne se contente pas de les dépeindre, les détailler pour raviver l’œil défraîchi, l’oreille bourdonnée.  Il les anime, leur donne vie. Comment ? Jean-Hugues Larché déterre chacun de leur créateur. Celui dont on connaît le nom. Celui du siècle ou de l’ère passés. Celui qui n’est plus un homme. Celui qui est une peinture, une musique, une figure sur la toile, les planches etc. Celui qui a perdu au fil du temps, au fil encensé son identité d’humain.  L’écrivain explique, souligne ce trait d’union entre le créateur et son oeuvre. On devine, on comprend alors l’évidence de ce lien. Indénouable.  Attache retrouvée par l’encre de cet artiste, cet écrivain dont le nom par ses œuvres ne s’effacera pas.

« Seul Mozart » est Vivant. Il analyse, rit, pleure, s’émeut, s’indigne, questionne. De Fragonard à Artaud, Chaplin, Picasso et bien d’autres, « La Flûte enchantée » accompagne en sourdine de la première lettre au point final. « Seul Mozart » rassemble une bande d’artistes talentueux, belle ossature à la chair tendre, cendres fertiles à une jeunesse éternelle.

M-Noëlle Fargier

jeudi 23 décembre 2021

"Garonne in absentia" de Jean-Michel Devésa

 

Je ferme « Garonne in absentia ». Elle va errer quelques jours voire plus sur la table du salon avant sa place définitive, classée par ordre alphabétique.  Les portes du château restent entrouvertes, les sphinx somnolent. Jean ivre de spleen, Mathilde sensuelle, Madame poussières d’étoiles, Anton, Bacab du désordre et Labrune tantôt embrumée de Garonne, tantôt irisée du Tulipier…Les fauves témoins du temps, de l’espace. Encre vagabonde. De la Gironde à l’Afrique jusqu’à l’Albanie, de couleurs en noirceurs. De vie, de mort à l’immortalité.

Je suis à Figueras, invitée chez Dali. Une femme regard froid, lèvres pulpeuses. Nul doute, elle est là. Oeil trompeur ou trompé ? Non. Simplement une autre approche. « Garonne in absentia » défie par ses perspectives, ses divagations, son errance, son statisme. Corps et esprits. Universellement. « Garonne in absentia » à l’instar du corps humain par son anatomie, ses appareils multiples, sa physiologie palpe la perfection avant la panne et le point mort. Jouissance-Ascèse.

Serait-ce les 100 yeux de Panoptès au plumage mordoré qui aurait insufflé ces mots riches, chahutant le lecteur de ses hétéroclites intuitions, émotions, ou discernements ?

« …la création rééquilibre l’arc des émotions et la morbidité de ceux dont l’existence n’en serait pas une sans cet investissement socialement superfétatoire… »


mardi 2 novembre 2021

"Un rêve rendu à Cézanne" Charles Simond

 

Parfois un gigantesque désordre, maître de l’esprit souffle telle « la burle », tourbillonne les spectres inconscients - Prison d’un labyrinthe inexorable.

« Chaque lecture est un acte de résistance. Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même » Daniel Pennac.

 


Ce texte je le dois à Charles Simond par son livre « Un rêve rendu à Cézanne ». Les phrases ou mots en italique sont issus de ce rêve.  Est-ce un rêve, un désir, une volonté de croiser des destins en défiant le temps, une rencontre obligatoire d’êtres semblables, rencontre divine, terrestre ? L’encre, la peinture ont tout pouvoir.

 

Au jardin, le prunier sauvage ne laisse plus de trace de son passage terrestre. Les pommiers agrippés au grillage résistaient à l’abattage. Ce matin une brume légère camouflait notre vallée. L’air blanchâtre concédait sa froidure immaculée, délicatement saupoudrée au concert multicolore des quatre saisons.

 La lune automnale éloignée de l’astre brûlant, d’une parfaite rondeur, translucide, honore un buste. « les ombres bleues du matin…la genèse des tons ». La sève alliée à la main dévastatrice avaient sculpté un corps.

La maigre silhouette me captive. Elle dépasse le muret et sa vieille clôture. Tête légèrement inclinée, coiffée d’une casquette, elle ignore mon regard, scrutant le lointain.  Serait-elle fâchée ? Ou serait-elle un messager ?  Soudain, elle me rappelle l’inventeur du jardin.  Celui qui a fait de lui un verger, une terre nourricière pour sa progéniture. Terre de fruits goûteux, de racines fortifiantes.  Il s’appelait de son vrai nom « Etienne » dit « Gustave ».  Les « carcasses » tombent en rade. Le paysage se fige. Les bras m’en tombent. La lune demeure fidèle à son exceptionnelle mission de l’aurore. « Vous avez mis l’éternité dans l’instant ».

Je m’arrache à ce moment contemplatif du haut de mon balcon où je fume la première cigarette de la journée…J’entre. Sur la table du salon, un livre peint de couleurs chatoyantes. Je l’ouvre. Geste presque oublié. Un mot puis un autre se succèdent réveillant cet univers qui bouillonne en moi et que j’avais abandonné sur un fourneau éteint.  Il faut dire que les parfums culinaires créés par Colette « ce soir, festin. Je sais- Evangile selon Gasquet !- que Cézanne aime la viande rouge et les Vieux Bordeaux » ont aussi activé les aiguilles de l’horloge harmonieuse. 

La lampe à pétrole aurait-elle les charmes de celle d’Aladin ? 

Peut-être Gustave est-il en train de converser avec Ramon et Cézanne ?

« La faillite du mot est le début de la communication »                    

 

Marie-Noëlle Fargier

mardi 3 décembre 2019

"Dans son regard aux lèvres rouges" d'Yves Charnet


"Dans son regard aux lèvres rouges" d'Yves Charnet

Je tourne la dernière page de ce livre puis reviens à la première de couverture. Geste automatique d’un livre terminé pour lequel on désirerait ne pas l’avoir encore lu. Retrouver le questionnement à la lecture du titre pour savoir s’il va combler votre attente. « Dans son regard aux lèvres rouges ». A cette fin de lecture, le titre est par chacun de ses mots une évidence.

J’ai toujours un peu de mal à lire les autobiographies ou autofictions. Comme une intrusion. Un regard se devant « d’analyser » les méandres d’un esprit tortueux (le plus souvent).  Dès la première phrase cette crainte vole en éclats. Scène érotique.
Dans cette chambre d’hôtel il n’y a pas de psyché, seulement une femme et un homme sans reflet.

D’emblée je constate que l’auteur n’est pas embarrassé d’une quelconque pudeur bourgeoise ou religieuse. Le ton est donné. Pas de faux-semblant. « …aux lèvres rouges ». Yves Charnet joue avec le réel, le plaisir puis le rêve et le désir. Son écriture le lui permet. Elle se veut simple. On pourrait dire « bien du terroir » s’il s’agissait d’adopter un tel vocabulaire concernant le sexe.  Cependant l’auteur l’affine d’une envolée d’images, de métaphores qui rend la lecture fine, subtile. Un journal intime d’actes, de ressentis, de réflexions, de références.  Un huis-clos avec deux personnages. Et quels personnages ! Lui en quête d’un grand amour ? Elle, mariée. Histoire d’adultère ? Ce serait trop réducteur. 

Elle, décrite par l’auteur qui dessine de ses mots son corps, son visage avec sensualité, érotisme à travers leurs ébats. Son élégance séduisante ou séductrice. Elle qui ne s’exprime qu’à travers des allusions taciturnes de sa vie de famille, son mari, « ses gamines ».  Monotonie bourgeoise ? Qui est-elle ?

Lui dévoile son plaisir grâce à ce corps féminin. Il fait d’elle sa muse, elle s’en réjouit. Il vit dans l’attente de cette femme et de leurs rencontres denses et brèves. « ma mouette ».

Eux s’abreuvent de plaisir. Tous leurs sens en alerte. Ils se goinfrent d’amour. Ils se délectent de mets les plus fins, de vins les plus capiteux dans des décors princiers, vertigineux. Passionné d’Art, il l’entraîne dans les galeries, les théâtres. Elle « en bientôt quarante ans…ne s’était jamais rendue à un tel truc culturel ».

L’auteur ne se satisfait pas du plaisir charnel. Il lui transmet ce qu’il a de plus cher. « Elle était devenue brusquement autre chose qu’une conquête de passage ».

« Dans son regard aux lèvres rouges » est bouleversant d’évocations de souvenirs entrelacées de pensées, de questionnements, de ressentis face à la rupture, la perte de cette femme.
La psyché brise le miroir. Le titre se scinde en deux. Les lèvres rouges fondent. Il ne reste que « dans un regard ».

Je me pose la question à savoir s’il s’agit du regard d’Yves ou de Romy.  Je pencherais pour celui d’Yves qui dès le début du livre nous retrace ces moments partagés qui se veulent exceptionnels. Je retiens surtout la sensibilité de cet homme. La fin d’une petite mort. Le début d’une vraie. Ses questionnements avec les références citées sonnent comme un préambule. La perte d’un être façonné par l’auteur lui-même ou la perte d’un amour victime des préjugés, des soi-disant valeurs de notre société ?


Quoi qu’il en soit ce livre parfois chaotique, brutal, excessif, frénétique par sa déchronologie, son ton, son rythme, ses mots, témoigne de cet état qu’un être humain subit et vit lors de la perte d’un être cher. « Dans son regard aux lèvres rouges » est teinté d’une poésie aux couleurs de l’aura.

 Comme j’ai apprécié les « nobles » références, j’ai aimé celles du peuple avec Lama, Nougaro etc... Signes de clairvoyance et d’intelligence de l’auteur.

« Un éclectique est un navire qui voudrait marcher avec quatre vents » Charles Baudelaire. 

Le souffle de ce livre bouleverse le lecteur.  


dimanche 1 décembre 2019

"Aime-moi" de Brigitte Giraud



« Aime-moi » de Brigitte Giraud

Je suis devant un tableau aux lignes imprécises, touches monochromes. Pas de segments rationnels.
En tête à tête avec un chef d’œuvre abstrait. Une invitation curieuse qui navigue entre désir et espoir par des entrelacements de mots et d’images sublimes.

Cet espace m’absorbe. Les lignes s’écrivent d’un corps. Le temps s’en mêle. La peau s’en porte témoin. Fusion.

Le temps, les éléments, les êtres s’insinuent dans cet univers. Il n’est pas chaotique. Il y règne un ordre certain. Une quête d’absolu. Le spleen étreint l’enchantement.

Le froid et la chaleur se côtoient de poème en poème avec une élégance, une délicatesse et une attention extrêmes et sensuelles. Les images en noir et blanc épousent cette harmonie.

J’avance page à page. Je me sens parfois comme une intruse, spectatrice de cette intimité pudique, ingénieusement dévoilée par des métaphores et si profonde que chaque être animal ou végétal et même la matière se personnifient.  Ils s’accordent à cette attente. Vivent. S’agrègent à lui, à elle.

« Aime-moi » Des mots noirs et blancs, une voix, une lampe. Couleur, son et lumière éblouissent chaque mot de cette remarquable poésie.

jeudi 24 octobre 2019

"Le rire de De Kooning" de Jean-Hugues Larché


« Le rire de De Kooning » de Jean-Hugues Larché

D’emblée les mots de Jean-Hugues Larché tracent les lignes. Evocation d’horizon par le nom à lui seul « Long Island », de droiture « excroissance perpendiculaire ». Ces premières visions sont vite démenties. Jean-Hugues Larché invite à creuser, à délisser cette terre, la rendre vivante, la fouiller dans le temps. Les racines de « Long Island » surgissent. Les Amérindiens la nommaient « Paumanok », l’Ile qui paie des tributs. 

Dans ce décor subitement chaotique De Kooning fait son apparition «…seul dans les fondations profondes aux larges parois déblayées au buldozer. » L’écrivain jette les dés. Je pressens par une description fine, minutieuse de cet homme bien planté ou en déséquilibre dans cet univers « Il est debout au bord d’une trace striée par les roues d’un engin » que « Le rire De Kooning » va résonner longtemps dans mes oreilles. 

L’auteur incite le lecteur à connaître, comprendre De Kooning en connivence totale avec son environnement. L’atelier et le peintre ne font qu’un comme en atteste cette phrase de De Kooning « J’ai travaillé sur cet atelier comme un peintre ». Je saisis que le rire de Kooning m’amènera plus loin qu’une rencontre avec cet artiste. Il est une véritable analyse embellie d’une écriture colorée, sculpturale qui charme et accroche.

Cette terre excavée par la volonté de De Kooning réveille l’ancestrale tribu. « La force tellurique et la lumière atlantique traversent le paysage… », « Le chaman de Kooning rit entre ciel et terre… ».  Fusion entre le peintre et les éléments. Puis la première création de l’artiste : une femme. A son tour elle pénètre ce magma créatif « Avec De Kooning, la femme devient paysage ». Elle interagit avec le peintre. « Woman n’en finit plus de couler sa couleur ». Je tourne les pages, je ne lis plus. Les couleurs, les formes, la matière écrasent les lettres. Je vois, je sens. Tel est le talent de l’écrivain.  Alchimie volcanique. Aurait-il été happé par cette métamorphose ? « En 1996, De Kooning dessine les yeux fermés, décadre, démembre, désorganise. », « Comiques graphies de corps pré-anatomiques ». Ancrage indigo. « De Kooning s’enfonce progressivement dans une certaine aphasie…ses tableaux perdent de plus en plus leur titre, leur rapport aux mots. Et même sans titre, la couleur parle, le timbre est toujours clair, le tempo serpente et tombe juste. » 

Chaque page de ce manuscrit reflète une œuvre qui miroite celles de De Kooning. Tout est interaction. Les tableaux, les sculptures, les bronzes s’animent sous la baguette du chef d’orchestre qui n’est autre que Jean-Hugues Larché. Une histoire. Un conte. Voyage initiatique ? Qu’importe ! « La Recliming Figure danse au sol et pulse le jazz, le be-bop ou le free jazz. L’Hostess agite ses quatre bras semble guider un mystérieux orchestre. La Seated woman assise en bord de mer écoute le roulis… » J’imagine une scène de vie, de théâtre. « Un tableau de tableaux » dans un univers sincère, profond, d’un autre temps. Création. Vivantes sont ces œuvres tant dans leur beauté que leur laideur ! Extrêmes, envahissantes, incurables.   

Au fil du manuscrit, l’abcès se perce. Un furoncle d’angoisse indescriptible, de celle dont l’inconscient se goinfre comme ces femmes « ventrues, fessues, à grosses mamelles, mais leur bassin est étroit et leurs jambes tubulaires sont comme enfoncées, rivées au sol ». L’auteur extirpe par ses mots le malaise du « spectateur ». « Elles sont emblématiques de son traitement de l’hystérie universelle qui est on ne peut plus concret dans sa monstration ».  Angoisse légitime. Il rappelle les propres paroles de De Kooning à leur propos « Moi-même elle me fait peur (la woman 1), ce n’est pas tant le fait de la regarder que de penser comment elle est sortie de moi, comment ça s’est passé. » L’auteur rajoute « Il a redonné vie et corps à une femme en inversant le processus naturel de la procréation ». Femmes au pouvoir démesuré, surnaturel ? « La femme devient paysage ». 

Le chaman est toujours là. De quoi en rire ? Oui, aux éclats. Savait-il déjà où il nous conduisait ? J’aime le croire.
Une photographie de De Kooning riant boucle le manuscrit. Je retrouve le début de « le rire de De Kooning ». Les mots, les images. Beau clin d’œil, Monsieur Larché ! La boucle est bouclée. RIRES. L’île n’en finit pas de payer ses tributs…

Marie-Noëlle Fargier


mardi 6 février 2018

"Léonard ou les odonymes du cancer" de Philippe Couillaud, lu par Marie-Noëlle Fargier






« Léonard ou les odonymes du cancer »de Philippe Couillaud
lu par Marie-Noëlle Fargier

D’emblée je dirais que je ne conseille pas ce livre aux dévoreurs, pressés d’atteindre la fin pour aboutir au dénouement de l’intrigue.
« Léonard ou les odonymes du cancer » se lit lentement, se savoure. Ce roman épistolaire est truffé de figures de style dans une écriture paradoxalement sans fioriture et d’une poésie viscérale. Chaque phrase, monologue, lettre est un foisonnement de réflexions, de sensations, d’émotions avec seulement trois personnages Léonard, Astrid et celui que je nommerais « le messager ». Oui, il est l’interlude entre Léonard et Astrid. Au départ je le soupçonne être l’auteur lui-même, un rêveur où chaque foulée le long de la Garonne (personnage à elle seule) le relie à Léonard et Astrid.

- Te souviens-tu, fleuve de grand charroi, de nos jours de grande parlotte ? J’étais ce personnage-là, jetant sur le monde extérieur un regard absent, loin, très loin de ce qui semblait préoccuper les autres. Or les autres se démenaient dans des combats terribles…

Mais qui est-il ? La Garonne et son complice miment et préparent le lecteur aux états d’âme et charnels de Léonard et Astrid, ces deux amants séparés par la guerre d’Algérie. Astrid est enceinte. Philippe Couillaud sans pudeur et sans vulgarité évoque par chaque lettre du couple le manque de l’un et de l’autre autant sur le plan psychologique qu’intime. Comme si leurs appétits charnels suivaient l’évolution de cet autre personnage « la guerre » !
Léonard et Astrid ne sont pas un couple quelconque, l’un et l’autre s’interrogent, paraissent rebelles. Leurs lettres sont une remise en question permanente. Ils se confrontent, se réconfortent, se souviennent, se révoltent mais jamais ne se soumettent. Vont-ils être contaminés et se fondre dans la masse sous le poids des conditionnements ? Au début de la guerre, Léonard semble se complaire dans son rôle de « guerrier » mais…


-         Vois-tu, mon Léonard aimé, désiré jusqu’aux tréfonds des exigences du plaisir, je ne peux pactiser avec l’innommable. Je souffre de ton éloignement, bien sûr. Mais cela n’est rien à côté de ce que j’endure à travers ton adhésion à cette infamie.

Astrid quant à elle cherche à s’éloigner de ce conflit… Va-t-elle garder cet enfant ? Philippe Couillaud démontre l’impact de l’Histoire sur ce qui devrait être intouchable : la conviction, l’individualité, la dignité…
« Léonard ou les odonymes du cancer » ne se contente pas de dévoiler l’inavouable d’un couple séparé, il décrit avec force les horreurs de cette guerre pour laquelle les mots se taisent encore.

-La belle guerre que voilà, ma chère Astrid ! Oh, la jolie guerre ! Une sacrée garce avec laquelle les hommes convolent en justes noces de viande et de sang. La chair contenue dans les retenues du sexe revient en force, sort de ses gonds, étale au grand jour les miasmes de ses atomes dispersés. Une fois tenu en laisse par la mort, le corps croit en sa possible rédemption. Il espère se rédimer par le don du sang. Il ne peut que pourrir. La guerre pue. Je sens mauvais. J’empeste. Je sue. La peur me colle à la peau dont tous les pores expulsent à cadence forcée les relents de la chiasse.



J’imagine ce livre entre les mains d’un professeur de lettres, un professeur d’histoire tel un explorateur, avant de le transmettre aux jeunes générations afin que « Léonard ou les odonymes du cancer » soit une lettre pour préserver la paix ou tendre vers la Liberté. 


Jean Louis Gillessen06/02/2018 22:01
Séduit par ces extraits et l'analyse réalisée par M-N. Bravo Marie-Noëlle pour cette fiche de lecture. Oui, Christine, Carine-Laure, plusieurs thèmes universels sous une écriture précise qui traduit beaucoup d'émotions et d'authenticité. Félicitations et respect à Philippe Couillaud.
christine06/02/2018 12:25
Je suis d'accord avec toi ! Un livre qui doit être lu, c'est évident... Et une plume que j'adore... Mais Philippe est trop modeste... un auteur à découvrir si vous aimez un style impeccable, une écriture remplie d'émotions et de justesse !!!!
Marie-Noëlle FARGIER06/02/2018 09:32
Après avoir lu ce livre, je me suis dit "Il faut que je fasse une fiche de lecture, il faut que je partage mon ressenti, ce livre doit être lu !" 
Sauf que face à l'écriture de Philippe Couillaud, il me semblait prétentieux de trouver, d'écrire les mots à la hauteur de ce que j'avais lu. Puis, je me suis dit "Là, je suis lectrice et je me lance". 
Mes mots sont rustiques envers ce bijou, ils veulent simplement dire "Ne passez pas à côté de ce chef d'oeuvre" !
C.-L. Desguin06/02/2018 06:47
Ça sent lle besoin de transparence et la vérité, tout ça. Marie-Noëlle Fargier a très bien cerné le livre et ses petits extraits appâtent le lecteur, c'est certain.

lundi 29 janvier 2018

"Les Amours Prisonnières" d'Albert Ducloz lu par M-Noëlle Fargier




« Les Amours Prisonnières » d’Albert Ducloz
Lu par Marie-Noëlle Fargier

«…Prisonnières », oui mais vécues avec une authentique liberté ! Albert Ducloz balaie les préjugés, les carcans, colliers de fer sévissant encore plus fortement dans ces périodes de guerre, la guerre des tranchées et la seconde guerre mondiale.

L’auteur vous convie au sein de deux familles paysannes, l’une en France, l’autre en Allemagne, jumelles dans leurs besoins, leurs habitudes, leurs envies…Le hasard (mais est-ce vraiment le hasard ?) échange les pères de famille. Jean se retrouve prisonnier en Allemagne dans la ferme de Ludwig et ce dernier dans la ferme de Colette, épouse de Jean.

Albert Ducloz retrace alors les événements quasi similaires qui se produisent respectivement dans ces deux « nouvelles » familles. Hasard ? L’amour, la passion s’en mêlent avec des personnages attachants par leur courage, leur avidité de vivre, de survivre. L’auteur vous entraîne à creuser cette nature humaine où la privation de liberté accentue les traits de l’homme qui dépasse ses limites, ses conditionnements mais également sait parfaire ses penchants à la cupidité, à la lâcheté.

Le destin va encore frapper puisque ces deux familles et leurs descendants…vont encore se retrouver pendant la guerre de 39-40, et ce par une intrigue qui vous accroche au roman. Albert Ducloz vous fait traverser les forêts, les villages, les villes des altiligériens, la Suisse, l’Allemagne avec une plume à l’écoute de la nature, de l’histoire, de ses personnages finalement si ressemblants quel que soit leur « camp ».


J’aime les interlignes d’Albert Ducloz qui vont bien au-delà d’un simple roman.

lundi 2 octobre 2017

M-Noëlle Fargier a lu "la balade du cantonnier" de Michel Flandin - article paru dans la revue "l'Etat des Lieux" du Haut Allier et de la Haute Vallée de la Loire


M-Noëlle Fargier a lu le roman « La balade du cantonnier » de Michel Flandin, auteur et poète Altiligérien !

article paru dans la revue "L'Etat des Lieux" N°43 


Je viens de finir "La balade du cantonnier". Titre poétique et bien choisi par ces deux mots qui évoquent déjà un quotidien, la simplicité et pourtant...

Je rencontre François Primier, sa vie n'a rien d'extraordinaire mais, déjà, la passion est là par l'amour de son métier : François est cantonnier.

« Je vais donc sur les chemins de l’été, emportant mon entrain sur un vélo ancestral, et accrochée à l’arrière une carriole bringuebalante chargée de plants de fleurs à disposer en différents points de la commune ».

François est un rêveur. La nature, les animaux, les gens qui partagent sa vie sont un univers à part entière : le sien.

« Malivernas était un petit hameau. Il avait poussé un peu plus loin que le bourg de la commune. Il avait la même particularité que son grand frère, il était construit lui aussi sur un plateau…Il faut dire que Malivernas était un fils de moyenne montagne…Malivernas était alors orphelin de son chef-lieu… »

Et puis, que cache cette malle fermée à clé dans son grenier ? Ma curiosité est attisée. Sous cet aspect ordinaire, le personnage de Michel Flandin laisse présager une aventure extraordinaire, bien que rien ne prédestine François à un changement de vie, hormis la grande sensibilité qui l’habite. Un événement va l’aider à s’éloigner de sa route toute tracée : une rencontre avec des gitans et leur roulotte…

« L’eau de ma rivière va au fleuve puis à la mer : cette année, je vais la suivre. Il paraît que le bleu de la mer ressemble à celui des myosotis ».

François avec sagesse prépare son départ à bicyclette jusqu’au Ste Marie de la Mer !
Le voyage est plein de parfums, envahi de couleurs et de rencontres qui délivre chacune un message.

« Ces vacances sont pour moi une somme de découvertes, de lieux, de gens, de situations. Tout est nouveau, rien n’est pareil. J’apporte aussi un peu de moi-même, de ce qui fait ce que je suis. Ne dit-on pas dans le désert qu’il n’y a que deux choses qui comptent en conditions climatiques extrêmes ce que l’on est et ce que l’on a pour y faire face… »

Le présent va chercher son passé…

Ce qui m’a le plus étonnée dans ce livre est le fait qu’on oublie complètement l’auteur. C’est François qui raconte, qui décrit et qui traverse ses aventures. L’écriture de Michel Flandin se confond avec force à la personnalité de François Primier, cet homme modeste, simple et en même temps si exceptionnel ! 

« La balade du cantonnier » est truffée de poésie, de gens « Monsieur tout le monde » qui deviennent des héros car ils offrent, chacun à leur façon, une réponse à des questions existentielles.

Et puis que contient cette malle de François Primier ?