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vendredi 17 avril 2026

"Un si long tunnel" d'Alain Cangina lu par Marie-Noëlle Fargier

 


« Un si long tunnel » d’Alain Cangina

Lu par Marie-Noëlle Fargier

 

 

Jacquette clair-obscur où deux mains se démarquent d’un noir hermétique, d’un ocre rayonnant et tendent vers un soleil lointain, pâle ; les griffes du fil de fer menacent le derme.

J’ouvre le livre, page noircie de caractères serrés, étouffants. Je lis, le cauchemar asphyxiant débute, puis le réel morbide prend le relai, nuit et jour sous le même joug de l’épouvante.

Je rencontre Martin, le docte, le sanctionné dans son lieu d’enfermement, la prison. Le captif et le pénitencier ne font qu’un - chair et esprit condamnés à la maltraitance, murs claustrophobes.

Je suis saisie par les descriptions de l’auteur.

« Une petite brise fiévreuse frôla son épiderme, accentuant l’ambiance poisseuse si souvent présente dans cette taule. » « La masse grise et bétonnée de la prison, ce cimetière de morts-vivants, se dressait comme un blockhaus sans horizon à surveiller. »

Parfois, elles m’obligent à sortir de ce bloc cimenté, faire une pause, elles ne m’apparaissent pas issues d’un imaginaire productif, elles sont le sinistre reflet d’un réel avec des conditions de vie indignes allant jusqu’au suicide…J’étais loin de savoir !

Cependant, « Un si long tunnel » amène le lecteur dans un ailleurs, celui de la pensée, de la réflexion, de l’approfondissement.

« Avec la survie carcérale, la lucidité de Martin sur le monde s’était accrue »

 Á cette lucidité, je rajouterais cette clairvoyance, cette sensibilité, ce savoir qu’il soit social, politique, scientifique et autres et qui jalonnent l’œuvre. Cette dernière n’est pas seulement une histoire captivante, elle est, à mon sens, un essai, truffé de références.  Cette analyse omniprésente devient le phare du lecteur et la lumière du « copilote », le jeune détenu Julien, ancien camé, qui partage la promiscuité de la cellule avec Martin. Une forme de tendresse s’installe entre ces deux êtres que tout oppose.

Le clair-obscur de la couverture se peint à chaque page. Il en devient une figure de style. Par exemple, il s’infiltre des sciences classiques aux sciences quantiques. Il est peut-être la clé de la préservation de la dignité du détenu. Il est la distance prise, le refuge du prisonnier, son évasion de l’univers carcéral tout en restant conscient, rationnel. « Un si long tunnel » aborde de multiples thèmes.  Dans un langage courant, Martin étanche la curiosité de Julien, image, explique, détaille. Il utilise même les contes. Serait-ce une forme d’éducation populaire dans ce milieu de pauvres ? D’une écriture académique, le narrateur aborde, creuse, développe. Le tunnel se métamorphoserait-il en « caverne de Platon » ?  

La révélation du monde carcéral, l’analyse de notre société ne sont pas le seul moteur de lecture. Il reste l’intrigue qui n’est pas moindre, que vont devenir Martin, Julien et les autres ? Ont-ils seulement un avenir ? Á travers l’histoire de Martin et des autres, Alain Cangina confie les mécanismes judiciaires et ce qui en découle pour les détenus.

L’œuvre s’achève, imprégnée par le clair-obscur des mots, des idées qui s’enchaînent et dansent vers…

Pas à pas, j’ai franchi ce si long tunnel, éprouvant de réalité, apaisant de poésie, poignant d’amour et d’une Sagesse évidente où la réponse n’a pas de place.

 « Un si long tunnel » d’Alain Cangina s’enracine dans ma mémoire, de son entrée inévitable à sa sortie aléatoire...Et dans l’après…

L’écrivain défragmente cette société par une vision globale. De quoi devenir misanthrope, ou… ?

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