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Les Croque mitaines du peuple

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mardi 2 novembre 2021

 


Des fissures, des crevasses percent des roches, pierres indestructibles.  Des plantes sauvages fleurissent à travers l’architecture d’érosion.

Des plissures, des craquelures sillonnent une chair, ossature éternelle. Des pensées vagabondes nourrissent l’alchimie poétique, miraculeuse.

Quête d’un amour idéal, d’une âme sœur ? Faudrait-il aimer un seul être quand chaque être importe ? Quête d’un corps parfait quand l’autre est déformé ?  Faudrait-il le scalpel d’Hébé pour enterrer les fleurs sauvages ? Quête d’un épanouissement personnel quand l’autre se fane ? Faudrait-il un mode d’emploi monnayable pour vivre solitairement heureux ?

Quête d’un dynamisme universel de jouvence consommable ? Faudra- t-il démolir l’architecture du temps et emmurer l’alchimie créative ?

 Pour qui ? Pour quoi ?

J’aime les plantes sauvages et les pensées vagabondes. Elles me rappellent le géni de la terre et de ses êtres vivants excepté l’un d’entre eux…


Marie-Noëlle Fargier



vendredi 2 avril 2021

J’ai écrit ce texte il y a quatre ans. C’est à cette période que J’ai eu la chance de rencontrer ce grand garçon de 16 ans. Il me dépassait hautement. Pas de dialogue possible. Seuls ses yeux et son large sourire et quelques mots appris « bonjour », « merci » nous permettaient d’échanger. Cela suffisait. Son sourire quasi permanent était démenti par son regard chargé de gravité, de tristesse, de peur. Un regard qui n’appartenait pas à son âge. Le regard d’un être qui sait de quoi l’homme est capable. Le regard de ceux qui ont traversé le pire sous l’impact de la main humaine.

 

Il y avait un jardin avec un noyer où il aimait se réfugier, « propriété » de cette femme blanche que je suis. Celle qui voulait lui prouver qu’il existe autre chose que la guerre, la douleur, la maltraitance et que l’être humain est capable de se montrer généreux simplement parce qu’il sait que rien ne lui appartient. Que tout est éphémère. Seul le hasard décide de là où on naît. Bien-né, mal-né. Avec ses 16 ans, il savait, il avait vécu l’insoupçonnable pour la bien-née que je suis. Je croyais mes yeux ouverts et j’étais aveugle.

 

Puis il a encore grandi. C’est avec une extrême pudeur et dignité que ses mots ont surgi parfois, tels des morceaux de puzzle, sûrement pour ne pas abîmer cette naïve croyance que je vouais à l’humain, pour ne pas m’abîmer. A l’instar de ce qu’il avait subi du système, de la hiérarchie dominante crée par l’espèce humaine. Supplices contemporains. Je le regardais sur cette balançoire accrochée au noyer. Bercement. Son regard alors s’éclairait de son âge. Un instant. Le mien se décadenassait.

 

Aujourd’hui je suis de plus en plus petite que lui. Nous partageons un regard serein tant que ses pieds foulent cette terre qui n’appartient à personne. Simplement parce qu’il a enfin le droit de vivre.

 

« Les pieds en l’air, la tête en arrière »

 

Il fait de son ombre une caverne feuillue

Son bras noueux et fort tolère un siège incongru

La première rose des vents

Le berce du balancier du temps

Cric crac, cric crac…

Murmure l’hôte, sans ardeur

La charmille, quant à elle, attend le promeneur

Enfin, il s’invite, s’assoit et, doucement, dodeline

Dans l’antre de verdure

L’amnios le câline

Un coup de pied sur la terre

Il vole les pieds en l’air, la tête en arrière

S’élance au plus près des hautes ramures

Défie le soleil et sa brûlure

Même l’astre, ne force pas cette armure !

Il se moque de l’univers

Et de ses inexorables vers…

Il vole les pieds en l’air, la tête en arrière

Il reconnaît cet être extraordinaire

Muni de ses larges limbes foliaires

Qui capturent ses peurs du Tyran

Lui redonnent ses rêves d’enfant !

Puis, ses pieds patinent sur l’herbe millénaire

Le sablier s’évide

Des derniers grains morbides

Il admire cet être centenaire

Et… descend de la balançoire

Remercie du toucher l’écorce d’espoir

Il rit…

Les pieds sur terre, la tête en l’air.

 

En soutien à Madama et tous ces jeunes qui n’ont pas connu l’enfance parce que leur berceau les balance vers la souffrance et la mort.

 


mardi 5 janvier 2021

2021

 

C’est le début d’une autre année

Forêt immaculée, nos pas fissurent la neige dans une galerie boisée, chaque branchage s’étoile de fleurs de gel.  La lanterne magique projette quelques flocons.  L’air froid rythme le silence complice. Ère tant espérée, douce et sage.

La chaumière nous attend. Un parvis païen recouvert d’un toit abrite des nichoirs, humains soucieux de la survie de leurs visiteurs. La porte se referme sur la longue nuit hivernale. Aussitôt l’odeur épicée du jour de l’an chatouille les papilles de pâte sablée, sucrée, de fumets riches et dorés ; des murs tapissés de toiles d’un monde merveilleux, de floraisons, de couleurs tendres  aux visages doux et délicats, encre de chine ; des hôtes semblant sortir d’un conte de fées, belle aux longs cheveux noirs ondulés, farceur au regard pétillant, barbe indisciplinée ; et puis le faiseur de mets divins, doté du savoir ancestral du chasseur-cueilleur et sa petite magicienne fine et malicieuse ; notes d’hespéridés du zest d’orange à la fragrance du pin ; concerto sensoriel de bonheur, de rêves, de vies comblées. L’ambiance est donnée.

A l’étage des farfadets s’amusent autour du poêle à bois. Confinés sur les divans, la chaleur a rosi leurs joues, une avalanche de livres multicolores les surveille. Entre jeux et contes, ils sont tranquilles. La nuit passe au gré des histoires, des souvenirs, des sourires et des rires du plus jeune au plus ancien. Fin d’année engloutie par des saveurs d’un autre temps et ce qui nous unit : l’Amitié. Nous trinquons à notre avenir, à cette année 2021 dans la féérie de nos vies simples, sans écrans, à l’ère retrouvée.

Au petit matin, l’odeur du café, du pain grillé réveillent délicieusement les endormis. Dehors la neige a chassé toutes les couleurs pour ne revêtir que la sienne. Des chardonnerets élégants irisés de plumages exotiques débutent leur festin, le chat les ignore, les chiens jouent. Une trace sur le tapis laiteux dessine un seul mot « confiance ». Les flammes rouges et jaunes dansent encore dans la cheminée.  2021 débute avec sagesse dans ce lieu-dit au nom presqu’à la pantoufle de verre façonnée d’une force émotionnelle et philosophique majeure.


vendredi 20 novembre 2020

Je t'avais promis...

 

Je t’avais promis une vie paisible à toi le citadin, à l’abri de mes vieilles montagnes. Au coin de l’âtre, absorbés par les flammes dansantes incandescentes. Chaleur partagée au fil des pages de nos poètes, de nos penseurs. Notre encre allait déferler dans une mer bleue, calme et tranquille. Légitime sagesse de navigateurs avertis. Enfin nous pouvions Vivre !

C’était sans compter sur ce que nous sommes. C’était s’asphyxier dans le salon aux volets clos. C’était oublier les autres. Ne pas entendre les cris des démunis, des défavorisés, des oubliés. Ne pas voir la sarabande jaune pleurer, huée, blessée et meurtrie. C’était sans compter sur ce que nous sommes.

Nos plumes s’affûtent de mots dénonciateurs. Océan hautain et capricieux, naufrage des plus faibles.  La froidure de la rue au fil de nos vociférations. Vaisseaux thrombosés de coups de matraque. Œil crevé.

Le soir la cheminée crépite notre absolu désarroi, un jeune s’est immolé.

Puis, le printemps s’enhardit de l’enfermement humain. Le jardin ne se partage plus. L’homme pauvre est cloîtré dans ses murs.

Silence et soumission.

L’arrogant dédaigneux s’allie à l’entité biologique. Ils isolent les plus vulnérables, les ridés, les handicapés. Sens abolis.  Affects interdits. Seul le petit écran est permis. Il diffuse en boucle leur prochaine destinée.

Glissement et mort.

Dehors la nature attise l’audace, la maison est glaciale. On éteint le téléviseur.

Nos plumes se taisent. L’encre se fige.

Huxley et Orwell sortent de la bibliothèque. Dystopie et servitude s’imposent sur nos fauteuils.  Dehors on aperçoit les premiers signes de leur procréateur. Technologie hors pair, technologie inimaginable. Et le crabe sévit encore. Plus fort encore que l’entité nommée « Covid » numérotée, robot d’une fiction désuète. Tel un bolide, elle le met au fossé avec ses familles pathologiques. Science oblige. Ces négligés gonfleront le score de la fatale issue.

L’usine des gilets jaunes s’épuise, ferme ses portes. Trop de demandes. Plus de travailleurs pour les fabriquer. Licenciements à la pelle. Fibre indestructible, ancrée dans nos mémoires. Comme l’entité, elle a fait peur et pourtant…

Il n’y a plus de bois. Le jardin ne sait plus la saison.

Nous ne sommes pas résignés, la peur ne sera pas notre maître. Ce serait sans compter sur ce que nous sommes.

Nos plumes n’en finiront pas d’écrire. Nous survivrons !


Marie-Noëlle Fargier

mardi 3 novembre 2020

Lettre à mes petits-enfants

 





Fenêtres ouvertes d’un bleu parfait, pur, translucide. Irisé d’un seul vœu, découvrir pour vivre. Mes yeux se perdent dans les tiens. Bulles de champagne.

« Je te raconte mes premiers pas. Sur les pavés des rues de ma vieille ville. Les patins à roulettes glissant sur les trottoirs qui bousculaient les promeneurs grincheux. Les faux-pas dans les caniveaux. Nos bras ailés dans la venelle déserte, dévalée à toute allure. La veine poétique tambourinait un seul mot : liberté. Nos retrouvailles de gamins débraillés sur notre place où l’ancestrale fontaine nous désaltérait de son breuvage frais servis par deux dauphins. Nos éclaboussures de rires. Et nos escapades hors des murs de la cité. Nos explorations des grottes du Second Bassin. Le mange-disque sous ces roches primitives qui déraillait sur nos âges d’enfants tortillés de bonheur. Nos courses-poursuites au jardin public avec le gardien du lieu. Nous franchissions l’espace interdit, en quête de cachettes. Il nous courait après et finissait toujours par débusquer les réfractaires dans leur planque inviolable. Après un sermon autoritaire, il nous relâchait. Tête basse sous le képi officiel, il dissimulait un sourire avec comme certitude une prochaine partie de cache-cache.

Et puis, « le Camaret ». Les câlins interdits aux petits chevreaux. L’odeur qui me trahissait. Courir à toutes jambes à travers la sapinière après les audacieuses chèvres avides d’indépendance et crier à tue-tête « Vene, vene ! ». La sage cueillette des champignons à la fraîcheur teintée du lever du soleil. Fragrance aux senteurs originelles tatouées sur ma peau.  Les baptêmes païens dans le fleuve frisquet. Murs d’orgues basaltiques, toit tuilé de parcelles de ciel. Je m’emprisonnais de sensations sauvages.

 

Tu m’écoutes, les yeux agrandis de surprise. Je ne te raconte pas une histoire, je te parle de mon enfance. Ce n’est pas un conte. Je comprends ton étonnement. Sous le regard constant des grands, tu ne sais pas que tu as le droit d’exister librement. Tu penses qu’il y a trop de dangers dans ton monde. Que la terre est un piège avec ses bois, ses rivières « baignades interdites », ses sources « interdiction de boire ». Si on ne se soumet pas à ces injonctions, c’est « à vos risques et périls ». Et puis il y a les hommes ou femmes en képi qui sanctionnent. Tu vis avec une surveillance constante mon p’tit bout. Protection sans faille, panoplie de protection de la tête au pied. Peux-tu encore tomber ? Et aujourd’hui on te bâillonne, on t’interdit de toucher. « Danger Virus ». C’est vrai il est bien là. Il n’est pas le premier. Il traverse la vie des êtres humains depuis si longtemps et reviendra encore et encore. La différence est qu’il y a peu de temps encore on l’appelait « fatalité » car on savait qu’on devait mourir. Aujourd’hui la peur est le chef d’orchestre. Le mange disque instrumentalise en boucle « la marche funèbre ». Il faut se sentir protégé de tout, y compris de la fin inéluctable.   On est persuadé qu’en suivant chaque règle, on sera indestructible. Ce n’est pas vrai mon p’tit bout. Et pourtant la plupart d’entre nous en sommes persuadés et n’hésitons pas à défier celle qui nous accueille, la terre. On la néglige, on la souille, on l’empoisonne. Là pas de souci, on peut continuer sans hommes ou femmes en képi, sous le couvert des autorités.  Le vrai danger est là mon p’tit bout. Lui manquer de respect entraînera l’extinction de l’humain. Ce sera alors l’apparition « du masque rouge ». Peur légitime.

Si tu savais mon p’tit bout comme il est bon de courir si vite qu’on croirait voler. Si tu savais mon p’tit bout comme il est bon de vivre la terre avec sa faune, sa flore, ses rivières claires, son air pur. Et comme ils étaient beaux ces hommes ou femmes qui souriaient sous leur képi protecteur.  Si tu savais mon p’tit bout comme il est bon de ne pas avoir peur.

Alors, mon p’tit bout, je mets entre parenthèses notre aujourd’hui pour t’apprendre mon hier. »

Marie-Noëlle Fargier


dimanche 3 mai 2020

1er mai Fête des Travailleurs




Du chasseur-cueilleur- terre de nomade, au paysan sédentarisé, à l’artisan (« Artizans de tous mestiers » Rabelais), au marchand, au troubadour- Villages féodaux. De l’agriculteur, au tâcheron, à l’ouvrier, au commerçant, à l’artiste – cité productive. De l’industriel alimentaire, à l’actionnaire, au lobby- manufacture mondiale.
Travailleurs à la tête soumise, à la peau déchirée, à la vie robotisée.

Chasseur-cueilleur victime solitaire. Gouttes de pluie s’accordant à la poésie du temps.
Paysan, ouvrier, serfs de la mécanisation. Homme-Machine. Lui usé, chair asservie au rythme endiablé de sa coéquipière. Cette ferraille acérée, tranchante, écrasante. Métronome assourdissant d’une œuvre infernale. L’oreille absolue alerte. Troubadour bâillonné.
Produire et survivre.

Au milieu du panier du cueilleur, quelques fruits plus juteux, plus sucrés. Au fond, les plus gâtés les convoitent, certains y parviennent, juste quelques-uns. Les accrocs, les conditionnés des spots publicitaires, des images médiatiques. Vie « épanouie » d’une consommation orchestrée. Ces quelques fruits s’accrochent à ces branches dorées, faisant fit des racines. Philosophie paysanne. Les branches cèdent. Les fruits pourrissent. Ont-ils oublié qu’ils étaient éphémères ? Leurs dépouilles nourriront la terre.

Arbre de vie peint, brodé, sculpté. Macrocosme témoin de la naissance, de la mort, de la métamorphose jusqu’à la déforestation apocalyptique. Chef d’œuvre de la sphère corruptible qui réduit le cueilleur ancestral en automate sous l’emprise du système informatique. Humanoïde fiché, étiqueté, pisté. Arts censurés.
Produire et obéir.


Puis-je te retrouver, cueilleur, sous l’arbre de vie ? Te regarder remplir ton panier de fruits colorés et savoureux. T’imaginer les déguster pour te nourrir. Et vivre celui que tu es et aurais dû rester. Panseur de l’arbre et des tiens, vieillissant douillettement sous l’ondée musicale.
Je t’offrirais alors un brin de muguet.

jeudi 16 avril 2020

Lettre à...


Avant de te voir, te rencontrer, te connaître, je t’ai lu ma belle. Encre sensible à ta force et ta splendeur. De cette encre issue de tes abysses. Ceux de la Garonne. Miroir de ses rives clinquantes, majestueuses. Fleuve tantôt lisse et soumis, tantôt révolté et provoquant.
Je t’ai suivie au gré des pages « Ecoute ma Garonne ». Je t’ai entendue. Raz-de-marée noirs de chair torturée. La bouche édentée expulse la poussière d’or sur les pierres de la ville. L’homme aveuglé de ses lèvres pincées s’abreuve du métal inoxydable. Dépendance immortelle. Raz-de-marée rouges de chair suante. De ses mains usées fabrique les argentiers. Ouvriers mis en cale. Raz-de-marée dorés de chair soyeuse. De ses ongles manucurés soudoie Dionysos. Paquebots à quai. Oriflamme faste, couleur aurifère. Dépendance immortelle. Qu’ont-ils fait de toi ?

Et puis, tu m’as parlé d’elle. Ta compagne sauvage. Dordogne se nomme-t-elle. Librement elle circule avant de te rejoindre dans ta prison humaine. Emmurée, bétonnée. Elle te raconte ses rives de terre et d’arbres et de fleurs, ses poissons, son tapis de flore. Toi qui n’es plus qu’un vide de souillures. Elle se souvient de son berceau dans les monts Dore, sans malédiction.  Elle serpente au caprice des reliefs, rencontre le lys, s’aventure à travers son homonyme. Refuge des indomptables. Comme elle, affranchis. Elle s’amuse de quelques embarcations indiennes. Mémoire. Gène de sagesse, de savoir.  Elle rêve de ces corps nus qui glissent dans son onde. Volupté. Servitude des sens. Couronne champêtre sans blason ni étendard. Dépendance vitale. Ils t’ont épargnée.

Enfin, tu m’as parlé de lui et je vous ai suivies. Chargées d’eau douce et d’eau de mer. Orchestrées par la marée vous façonnez vases, bancs de sables et îles. Le colérique mascaret ne vous néglige pas.  Enlacées au Bec d’Ambès vous vous jetez dans l’océan. Toujours unies et victorieuses. Raz-de-marée oubliés. La terre se dessine d’un archipel où il fait bon vivre, initié de vos vagues.